mardi 1 février 2011

LE FANTÔME DE LA GARE

La vie n'est pas toujours simple, pas toujours douce et pourtant, il fut un temps où elle avait été bien autrement, une vie remplie d'amour, de tendresse, de passion, une vie remplie de quelqu'un mais il suffit un jour d'un orage, d'une bourrasque un peu trop violente pour tout précipiter vers le chaos le plus total; les sens s'emmêlent, la perception est faussée, le fil de la vie apparaît bien mince et la bascule semble l'ultime issue possible. Et pourtant, si elle avait su avant que tout ça n'était qu'un malentendu, elle n'aurait jamais eu ce geste désespéré qui plongeât, un après midi de janvier, cette petite ville dans la tristesse. La SNCF dans la panade et l'embarras.
La dispute avait été violente, juste après Noël. Le sujet était flou, une jalousie mal placée. Il était fou d'elle et elle le savait mais cet amour l'aveuglait tellement que cette peur de le perdre la torturait. Elle en était devenue suspicieuse, infernale et manipulatrice. Malgré tout son amour pour elle, il ne pouvait plus vivre cet enfer. Il ne savait plus comment la gérer et pourtant ne pouvait se résoudre à se séparer de celle qui était, il le savait, son seul amour, celui de toute sa vie. C'est elle qui lui avait tendu un jour la main alors qu'il était au bord du gouffre et qui, patiemment lui avait redonné goût à la vie.
Un matin, alors qu'elle dormait, assommée par un somnifère un peu trop puissant, il déposa une baiser sur son front, une lettre sur la table. Quelques mots simples "Notre amour sera le plus beau de ma vie, au revoir, adieu".
Le bruit sec que fit la porte en se refermant sur ces années de bonheurs ne suffit pas à réveiller la belle endormie.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle sentit tout de suite que quelque chose ne tournait pas rond, il manquait quelque chose, son odeur n'était plus là,, et c'était mauvais présage. En découvrant la feuille pliée en 4 elle comprit son ressentit. Comment était-ce possible de partir et d'emmener avec soi son odeur, son parfum pourtant homni-présent dans ces murs....
Encore sous l'effet des médicaments avalés la veille, elle ne réalisait pas tout à fait le poids de ces mots. C'est après la douche que ces lignes prirent tout leur sens.
Les premiers jours elle essaya de se rassurer, se dit que ce n'était que provisoire, que ce qui les liait était viscérales, et que couper ça, c'était mourir et qu'il tenait trop à la vie pour en finir.. mais les jours qui passèrent, remplis de son absence, eurent raison de sa raison.
Elle ne sortait plus, s'enfermait chez elle, volets clos, musique triste, nostalgique en fond sonore.
Elle essaya de l'appeler, mais son téléphone sonnait dans le vide. 15 jours, 3 semaines, un mois.
Elle avait maigri, elle ne mangeait plus, était devenue l'ombre d'elle même.
Un jour, elle tapa son nom sur internet et ce que lui livra google la fit gémir, hurler à la mort. Au Népal, une cordée avait dévissée. 8 morts. Son nom, son prénom y figurait.
C'était un après midi de janvier... elle savait qu'elle ne pourrait pas s'en remettre, elle ne voulait plus vivre, ne pouvait vivre sans lui.
C'est tranquillement qu'elle descendit à la gare, en bas de chez elle. Le soleil était déjà bas.
Le train qui entra en gare roulait encore à vive allure et la sirène d'alerte, et le bruit strident des freins qui se serrent à fond sur les rails ne suffirent pas à la sortir de sa torpeur. lLe conducteur ne pu empêcher la collision.
Cette pauvre fille devait bien connaître cette gare pour savoir qu'à cet endroit le train ne pouvait pas ralentir.
Le choc n'ébranla qu'un peu les wagons, mais à l'arrêt complet tout le monde descendit du train pour connaître la raison de ce freinage soudain.
Un homme, en descendit, le coeur battant, comme si il savait.
Sur le quai, éclaboussé de sang frais, un bracelet de cuir et métal avait roulé. Il le ramassa et tomba à genoux pris de sanglots, inconsolable.... il savait que c'était elle, celle qu'il avait tant aimé et qu'il aimerait à vie... à mort.
Celui qui était mort au Népal était un homonyme.
Lui, revenait lui dire qu'il ne pouvait vivre sans elle....

Tout ça c'était il y a quelques années. Depuis, à la même période, à la même date, à la même heure, si vous êtes attentifs, vous pourrez voir errer son fantôme, le fantôme d'une femme amoureuse au geste désespéré.

On dit que certains jours on peut la croiser sur les rails à la recherche de personnes comme elle, au bord du désespoir..... essayant de les dissuader de se suicider


4 commentaires:

Jerry OX a dit…

Bonsoir Barbara ! Les sentiments humains voyagent et , souvent ce n'est pas en première classe et rarement à l'heure attendue . J'aime beaucoup ce texte et cette histoire pleine de folle passion .
"Il était fou d'elle et elle le savait mais cet amour l'aveuglait tellement que cette peur de le perdre la torturait" Tellement vrai tout çà !

Gine a dit…

Aie ! Je voyais ça moins dramatique ... moins morbide ...

Françoise a dit…

Un joli récit, un peu tristounet...
Beaucoup de désespérés comme ceux de ton récit mettent ainsi un terme à leur vie, ils n'acceptent pas le départ de l'autre, son absence, et ne savent plus vivre sans lui...

Bonne nuit, Barbara. Bisous.

barbara a dit…

On est bien d'accord, rien d'autobiographique, ce n'est qu'une fiction... quelqu'un a dit de moi "Romantique et mélo-dramatique" en lisant ce texte...
Je l'accepte volontiers... N'y voyez vous pas un clin d'oeil à Roméo et Juliette?
C'est vrai que c'est triste et peut être morbide, mais je vous mets au defi de trouver une raison pour laquelle un fantôme viendrait hanter des rails, parce que c'est vraiment ce que m'inspirait cette photo.
Bon, allez, la prochaine fois, je fais plus joyeux, promis...!
Merci à vous en tous les cas d'avoir laissé un commentaire.