Maman, cette autre mère

Il y a le sens logique de la vie, les enfants qui deviennent grands qui deviennent à leur tour parents. Une évidence. Mais quand le parent devient enfant, c'est là que le monde semble tourner dans le mauvais sens, comme un mauvais rêve, une tuile, une catastrophe.. l'effondrement de tout un arbre. La main que l'on donnait devient un jour, cette main qui soutient, la main qui porte.. a bout de bras.
Avant que l'an bascule sur cette nouvelle décennie j'ai connu cet inversement des rôles.
Mais je n'étais pas prête. Le sommes nous un jour de toutes façons.. prêt à être le parent de son propre parent... celui qui donne des ordres, des directives, celui qui ordonne et organise, celui qui console.
Je n'étais pas prête. Un peu comme un arbre à l'envers quand les ascendants deviennent descendants, un peu comme ce Noël où je suis partie et que mon ex-mari a pendu son sapin à l'envers pour signifier "Rien ne va plus". Et aujourd'hui, c'est moi qui ai la tête à l'envers. Je n'étais pas prête.
Enfin, c'est ce que je croyais. On se sous-estime. on fuit un instant, on refuse, on se réfugie.. et puis on avance. Parce que l'on n'a pas le choix. On puise une force incroyable, sans doute enfouie au plus profond de nous même sans même avoir eu conscience un jour d'en être capable.
La première phase passée, ce coup de gourdin qui nous assomme, on se relève, tant bien que mal après 3 jours de larmes incessantes, vidée, perdue. Et quand les nouvelles sont moins alarmistes que les premiers diagnostiques on se prend à espérer qu'une nouvelle révolution viendra remettre les choses dans le bon ordre.

Que s'est il passé dans ce cerveau pour qu'un hématome viennent endommager ta mémoire ?

Mais qui es tu aujourd'hui? Ou devrais-je dire qui as-tu été ces 75 dernières années ?

je découvre celle que j'aurais tant voulu connaitre, bien avant tout ça. Maman, cette autre mère.
Une femme douce, fragile, emphatique et sensible. Où est passée son autorité? ses mots durs ce sont perdus dans les couloirs de son temps qu'elle ne maîtrise plus vraiment.

Et je me surprends à aimer passer du temps avec elle. Parce qu'elle m'émeut, parce qu'en perdant sa sévérité elle a trouvé de l'humour, de l'espièglerie. Des mots qui, associés à ma mère auraient presque été blasphèmatoires... une association inconcevable. Et pourtant....pourtant.

Qui étais tu derrière cette cuirasse d'austérité que tu fendais parfois face à de parfaits inconnus, pour paraître et par moments, avec tes petits enfants ?

Comme l'alcool désinhibe le timide, cet hématome t'a rendu.... humaine. Et tendre et douce, et drôle et touchante... et fragile aussi. Tu as peur de ne pas récupérer. Mais récupérer quoi? Ton autorité? Moi je t'aime comme ça. Parce que je peux te prendre dans mes bars sans te sentir te raidir, mal à l'aise.
Tes 10 fois en moins de 5 mn "Mais j'avais pas des médicaments à prendre" me font rire et je les décompte avec toi. ça te fait sourire et invariablement me dire "Je m'en vais en couilles"... Oui maman, tu t'en vas en couille mais tu me fais du bien.
Parce qu'aujourd'hui je ressens à quel point je suis importante à tes yeux, parce que tu m'aides à affronter des responsabilités, en complément de celles que j'ai prises il y a 5 ans lorsque je suis partie de chez moi. Aujourd'hui, je suis adulte. A 50 ans cette année il était temps. Et je me surprends d'être capable d'affronter.... la vie, les difficultés, mon frère.

J'ai ce sentiment bizarre que la vie joue avec mes nerfs et me met à l'épreuve depuis 5 ans, tantôt en me gratifiant, tantôt en me faisant poser un genou à terre. Mais je me relève. Je découvre que je suis forte.

ma petite vie tranquille avec mon chat, mon chéri à 200 km et ma fille à 1000 va s'orner de jolies petites parenthèses qui auront ton odeur. Cette odeur particulière où ton parfum de Fragonard à la fleur d'oranger se mêle au tabac de gauloise brunes.. celles que je te distribue avec modération parce que tu oublies que tu viens d'en fumer. Ton manque me torture... ton "C'est mon dernier plaisir" me poignarde à chaque fois et je suis prise entre deux eaux. Ça me gêne de décider pour toi. Tu vas t'y faire.. et moi aussi.

Mes moments à tes côtés étaient une contrainte, ils deviennent un plaisir. tu parles d'un gros trou dans ta tête.. je te parle de pleins de petits qui vont se colmater. Petits comme ces oublis de coups de fils, de visites. Après tout, c'est que ce n'est pas important, retiens l'essentiel... que je t'aime.
Avec ça on est armés à tout affronter




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