Je ne sais pas si ça va....

 Aujourd'hui c'est le lendemain de mon anniversaire, nous sommes le 5 novembre 2021 et je viens d'avoir 51 ans hier. 

Je n'aime pas ce chiffre, il fait bancale.  je ne sais pas l'expliquer.

Maman est partie il y a maintenant presque un mois. 4 semaines hier et j'ai pourtant l'impression qu'il s'agit d'une éternité. Ma mère vivante c'était il y a longtemps. Ma mère, pas celle qui a agonisé dans un lit durant tous ces mois. 

Je ne sais pas par quoi commencer, tant de choses se bousculent et que j'ai besoin d'écrire pour ne pas les oublier d'une certaine façon, en les couchant là, mais aussi pour pouvoir passer à autre chose....

Je croise les gens, parfois leur regard est triste, comme s'ils n'osaient pas me demander "Ca va?" de peur de ma réponse, peut être que je fonde en larmes. A ceux qui me demandent, je fais tout pour les rassurer "Oui, ça va, ca va même bien dans l'ensemble, j'ai repris ma vie. de toutes façons c'est mieux pour elle " et eux de rajouter "Et pour toi aussi, ce n'était plus une vie pour personne"..

Oui, ça va, au quotidien, ça va. Parce que le cerveau est très ben fait, parce qu'il occulte ce qui fait mal, ce qui nous fait souffrir. Un peu à la façon des enfants qui ont peur des monstres "Si je ne le vois pas, il n'existe pas".. Eh bien là, c'est pareil.. si je ne pense pas à ma mère,, alors, je ne suis pas triste, alors c'est comme si elle était encore là, donc, pas besoin d'y penser plus que ça.. Mais le souci, c'est que je ne veux pas l'occulter parce que si je l'occulte, c'est comme si elle disparaissait.

Ma fille m'a fait lire une pièce de théâtre sur ce sujet. "Cendrillon" de Joel Pommerat . Je vous la conseille.

On pourrait croire que je mets du citron sur mes plaies, mais peut être que j'ai besoin de me confronter à la douleur pour mieux la vaincre et la supporter. J'ai toujours dit à ma fille qui a tendance à se cacher la vérité  ou de la fuir, que la meilleure façon d'affronter un adversaire, c'est de le regarder en face. C'est en tous cas ma façon de penser. Alors oui, je veux me dire que ma mère est morte, que ma maman ne sera plus là pour moi pour le digérer, l'assimiler, en prendre conscience. 

Il y a quelques nuits, j'ai rêvé qu'il m'arrivait quelque chose de bien, de sympa et que je me disais "Tiens, je vais appeler papa pour lui dire".. et puis me dire "Ben non, je ne peux pas, papa est mort".. alors, je me disais.. "je vais le dire à maman", je décrochais le téléphone et je réalisais que maman n'était plus là non plus.... en fait, mes 2 parents ne sont plus là.. et je me suis réveillée en larmes.

Je crois que j'ai vraiment du mal à réaliser que je n'ai plus mes parents. Pour moi c'est quelque chose  d'impensable...Je me sens comme une petite fille et dans la logique, une petite fille a ses parents. Quelque chose cloche... mes parents ne sont plus là.. c'est que je ne suis plus une petite fille.

Je jette pèle mêle mes ressentis... Parce que tout se bouscule trop...

Je réalise aussi que ce qui nous fait le plus peur, enfant, c'est perdre nos parents.. et on vit cette angoisse. D
orénavant, je ne serai plus confrontée à cette peur panique.. car ça y'est. je n'aurai plus à vivre ces moments si douloureux où l'on se dit que l'on va devoir gérer ses parents qui vieillissent, perdent la tête, les placer, s'inquiéter... car tout ça est derrière moi. Je ne sais pas si je susi très cohérente mais voilà, cette appréhension, je ne l'ai plus puisque tout s'est passé.. le plus compliqué va être de vivre sans eux et plus d'avoir peur pour eux. Je ne pourrai plus rien faire pour eux. 

On est à presque un mois et j'ai cet espèce de retour de bâton que l'on m'avait prédit quand je disais "Oui, ça va"...




Commentaires

FRANKIE PAIN a dit…
Chère Madame , je suis touchée que vous soyez venue sur mon blog.
Je vous trouve trés courageuse d’écrire car les yeux et le regard sur ces mots font flipper et bien souvent fuir.
Je trouve que c’est merveilleux et vous avez pris le plus beau chemin pour vous aidez. Ecrire, accepter la bousculade des pensées, des mots.
Pommerat est une excellent écrivain et metteur en scéne.
Je vous conseillerai le livre de Julia Kristeva « le soleil noir » si vous ne le connaissez pas.
Elle vous permettra de nommer les différentes stances de ce voyage de dire « adieu » à l’autre de plus la maman.
Une de mes psys m’avait dit à la mort de ma maman, « vous paniquez aussi car entre la mort et vous, vous êtes la prochaine… » mon corps c’était mis à développer un abcès
Au foie
Sachez qu’ici vous pourrez trouver une bonne oreille de vos textes.
Au revoir Madame et à bientôt
La petite fille existera toujours. Et les comment : ça va . je trouve que c’est l’adresse la plus abjecte après un événement torride aussi torride qu’une grande mort.. j’ai même inventé et pris un mot japonais SOYakaëi. Traduction : Dieu ne s’est pas encore exprimé Ce sont des pistes glissantes pour les êtres qui souffrent à la mort. D’un être très cher.


FRANKIE PAIN a dit…
Frankie pain blg
Françoise a dit…
Bonsoir Barbara. Oui, lorsque nous perdons nos parents, nous nous sentons définitivement orpheline. Il arrive de ressentir également ce sentiment lorsque nous perdons des êtres chers (mon amie dernièrement). Les gens que nous aimons, disparaissent de notre vie, et nous, nous sommes là, et nous nous sentons affreusement seules. Nous nous sentons abandonnées. Oui, je comprends complètement. Tu fais bien de mettre des mots sur tes émotions, fais-le autant que tu en auras besoin, pour évacuer et enfin arriver à faire le deuil. Je parle en connaissance de cause, mais il est vrai que c'est différent pour chaque personne. Quoi qu'il en soit, je suis avec toi, je te lis, je te comprends. Je t'embrasse très fort, Barbara.
barbara a dit…
Merci à vous pour ces messages laissés...
Le temps, il n'y a que ça.

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